Bonjour tristesse - Françoise Sagan

Lelendemain matin je fus réveillée par un rayon de soleil oblique et chaud qui inonda mon lit et mit fin au rêve étrange et un peu confus où je me débattais. Dans un demi sommeil, j'essayais d'écarter de mon visage avec la main cette chaleur insistante, puis y renonçais. Il était dix heures. Je descendis en pyjamas sur la terrasse et y retrouvais Anne qui feuilletait des journaux. Je memarquais qu'elle était légèrement, parfaitement maquillée. Elle ne devait jamais s'accorder de vraies vacances. Comme elle ne me prêtait pas attention, je m'installais tranquillement sur une marche avec une tasse de café et une orange et entamais les délices du matin : je mangeai l'orange, un jus sucré giclait dans ma bouche, une gorgée de café noir brûlant aussitôt et à nouveau la fraîcheur du fruit. Le soleil du matin me chauffait les cheveux, déplissait sur ma peau les marques du drap. Dans cinq minutes j'irai me baigner.