1789 : comment rendre compte des séances de l'Assemblée Nationale (1)

Notons d'abord que l'Assemblée elle-même hésite à prendre les mesures nécessaires pour assurer la publicité de ses travaux. Lorsqu'elle décide de l'établissement d'un procès-verbal de ses séances, c'est pour authentifier ses décisions. Mais elle se refuse à prendre en charge une entreprise plus vaste. Ce compte-rendu in extenso des travaux - et donc du débat politique - reste ainsi une entreprise indépendante de l'Assemblée, et le fait d'initiatives privées, encouragées, tolérées ou soupçonnées, mais ne pouvant échapper à la précarité.

Lors de la réunion des Etats généraux les trois Ordres, qui tiennent séance séparément, adoptent des attitudes différentes : seule la noblesse fait établir par ses secrétaires un procès-verbal officiel.

en revanche, l'assemblée des Communes repousse une proposition du 20 mai de créer un comité de rédaction pour informer les provinces, car elle "ne peut rien décréter avant d'être constituée". Motivation éminemment politique : le Tiers écarte toute initiative qui donnerait à croire qu'il accepte de se constituer en Ordre séparé alors qu'il exige la vérification des pouvoirs en commun et la délibération commune des trois Ordres. Ce n'est donc qu'après avoir commencé seul la vérification des pouvoirs de tous les représentats qu'il nomme ses secrétaires et se prononce le 12 juin pour un procès-verbal de l'assemblée des Communes (transformé en procès-verbal de l'Assemblée Nationale le 17 juin).

La présence du public ne suffisait ni aux députés ni aux Français avides de nouvelles.

Très vite, de l'un et de l'autre côté, il parut nécessaire de porter la parole de l'Assemblée à travers le pays par un compte rendu des séances.

Dès la tenue des assemblées des Notables de 1787 et 1788, le pouvoir royal avait d'ailleurs pris des dispositions pour qu'un procès-verbal soit tenu et imprimé. Soucieux du détail de l'étiquette et reproduisant fidèlement les discours écrits, ce procès-verbal mentionne simplement les allocutions improvisées et ne souffle mot des débats. C'est qu'il est l'œuvre du secrétaire du cabinet de Sa Majesté et que l'assemblée n'a aucune part à sa rédation.

L'assemblée issue des Etats généraux de 1789 a un tout autre souci de marquer sa légitimité. Il importe qu'elle laisse la trace la plus authentique de débats, qu'elle sait historiques, et de décisions graves. Il importe non moins qu'elle leur assure une publicité suffisante, car la curiosité est vive dans le pays et le peuple, au nom duquel on délibère, a droit à l'information.

Cependant, malgré l'abondance de témoignages divers, aucun compte rendu suffisamment précis des premiers mois de fonctionnement de l'Assemblée Nationale ne fait foi. Profusion et hésitations marquent les premières tentatives de compte rendu in extenso des débats.